*Le texte ainsi encadré contient une brève description du jeu qui peut très bien être ignorée.
Joués : Coloretto, Eurorails, Bamboleo, Settlers of Catan.
Participants : Michel, Danièle, Jacques, François, Éric, Bruno.
Il y a de ces rencontres qui sont telles un bon sandwich. Vous savez, ceux qui pétillent en bouche comme un feu d'artifice de la Saint-Jean. Bien sûr, le bon pain est un élément important d'une saine séance de jeux. Quand, de plus, la moutarde est de qualité et que la salade est fraiche, l'avidité devient paroxystique. Malheureusement, la garniture peut encore tout gâcher. Une viande trop grasse et riche en tripailles peut transformer un gueuleton jouissif par anticipation en un casse-croute méphistophélique abominable. Le genre d'aliment que même la mâchoire d'une grue industrielle ne parviendrait pas à consommer. J'ai le regret d'affirmer que la dernière rencontre fut de la sorte.
Quelques minutes avaient irrévocablement abrogé le 14 h dominical lorsque Danièle et Jacques franchirent ma porte. Découvrant qu'ils étaient les premiers malgré ce léger « retard », ils s'enquirent, l'air inquiet, si la journée était la bonne. Je les rassurai bien vite. Dans leur très grande générosité, ils étaient arrivés armés de deux imposantes boites de jujubes. François arriva à son tour quelques instants plus tard, seul.
1er jeu. La moutarde. Ses vapeurs sont titillantes.
Coloretto
Connaissant bien l'assiduité d'Éric et Bruno, on désirait choisir un petit jeu court en attendant leur arrivée certainement imminente. François fit une présélection de quelques jeux de cartes réputés expéditifs et je proposai, parmi eux, celui que je connaissais le moins, n'ayant joué qu'une seule fois auparavant. Le jeu est très simple à expliquer et je le fis en quelques minutes. Quelques minutes qui semblèrent par trop ennuyeuses pour François et Jacques. Le premier posa deux questions concernant le coeur même du jeu que je pensais avoir exprimé clairement tandis que le second entreprit dès le début de la partie de collectionner le plus grand nombre de couleurs possible; alors que la situation idéale est de n'avoir en sa possession que des cartes de trois couleurs différentes en fin de manche. Je mettrai officiellement la cause de ces bourdes sur le compte de la fatigue et nous en resterons là. Je sais moi aussi faire preuve de générosité!
De toute façon, ce manque d'attention provisoire ne les empêcha pas de m'humilier vertement, tous les deux. Éric et Bruno, arrivés en plein milieu de la partie, pourront témoigner de ce crime impardonnable. Ma seule consolation est que Danièle leur fit mordre la poussière tout autant. Le verdict de ce jeu n'est évidemment pas définitif, mais les vibrations en sont bonnes.
Pointage final : Danièle 32, François 26, Jacques 26, Michel 19.
Appréciation : 4/5 partout.
2e jeu. La viande de bison. Éprouvant mâchoires et estomac.
Eurorails
Bruno suggéra ce jeu ayant une durée minimale de 3 heures et personne ne s'y opposa. Ma seule crainte était la possibilité que de nouveaux participants se présentent durant la partie. Nous mîmes nos neurones collectifs au travail et conclûmes que les probabilités d'une telle situation étaient minces. Bruno, Éric et moi avions déjà joué 3 parties de ce jeu et 2 parties d'India Rails
— un très proche cousin — et étions emballés par ces expériences. Nous étions donc très curieux de le juger à 6 joueurs. Monumentale erreur!
La prémisse du jeu est totalement ludique. Il s'agit, pour chaque joueur, de construire son propre empire de chemin de fer en dessinant son circuit directement, et très librement, sur le plateau de jeu à l'aide d'un crayon de cire. Chaque joueur possède également un train qu'il fait circuler le long de ses rails afin d'accomplir quelques livraisons de marchandises d'une ville à l'autre lui rapportant un profit, ce qui lui permet ainsi d'étendre son empire.
Comme souligné plus haut, le jeu est long en soi, mais, à six joueurs, il devient interminable. Le temps mort entre les deux tours d'un joueur est évidemment allongé et cela brise le rythme. De plus, la progression de l'empire de chaque joueur est ralentie par le blocage de l'accès à plusieurs villes, l'épuisement occasionnel de certains biens de livraison, les évènements néfastes plus fréquents et le manque de concentration provoqué par les temps morts décrits précédemment.
Vous comprendrez donc que l'expérience fut assez pénible; à tel enseigne que la partie fut abandonnée à la 5e heure de jeu. Danièle abandonna même un peu plus tôt la partie, complètement découragée. Il est dommage d'avoir infligé cette mauvaise expérience à François, Jacques et Danièle, les répugnant peut-être définitivement d'un jeu pourtant excellent. Nous avons au moins la consolation de pouvoir jeter le blâme sur quelqu'un. Nommément, Bruno. Encore une fois, on a dû conclure qu'il devait renoncer à son droit de proposer un jeu pour un groupe nombreux.
Après 5 heures de jeu, donc, la partie fut arrêtée et notre argent, compté. Je précise que le jeu se termine normalement lorsqu'un joueur atteint la marque de 250 M$.
Pointage partiel : Éric 101 M$, François 92 M$, Bruno 62 M$, Jacques 61 M$, Michel 31 M$.
Appréciation : Je n'ai pas osé demander!
3e jeu. La salade. Juteuse à souhait.
Bamboleo
Légèrement démoralisés par notre aventure ferroviaire, nous désirions beaucoup enchainer avec une valeur sure. Danièle n'était pas du tout attirée par le contenu de la tablette du haut de la ludothèque. Mais, de toute évidence, elle n'avait pas appréhendé la nature de Bamboleo. Quelques mots de notre part suffirent à éveiller sa curiosité et l'on s'installa au salon, éloignant chaises et meubles pouvant entraver notre liberté de mouvement. Ainsi, la partie se joua debout, ce qui est tout à fait approprié pour cet excitant objet.
Évidemment, j'inaugurai la chute fatidique du plateau avant même la fin du premier tour de table. Il faut dire que nous étions tous quelque peu rouillés. Durant les trois premiers tours, le jeu s'effondra avant même que nous ayons eu l'occasion de faire un tour de table complet. Les choses s'améliorèrent par la suite. Je fis tomber le plateau à une autre reprise durant la partie. François, Éric et Danièle aussi envoyèrent valser les pièces à deux reprises. Jacques, quant à lui, ne fut coupable qu'une fois, au dernier tour. Seul Bruno réussit une partie sans faute. François, grâce à son audace bien connue, et malgré ses deux bévues, réussit à remonter la pente d'une façon fulgurante.
En milieu de partie, afin de corser un peu les choses, on choisit de « démarrer » l'Album du Peuple, tome premier. Mais notre concentration était à toute épreuve et la folie de François Pérusse ne semble pas avoir eu d'incidence sur le cours de la partie. Il s'agissait de la dernière partie de la soirée pour Jacques et Danièle. Comme cadeau d'adieu, on fit passer le court-métrage Cortex Academy basé sur un sketch du même Pérusse. Tout simplement pissant!
Pointage final : Bruno 225, François 163, Jacques 144, Danièle 76, Michel 49, Éric 21.
Appréciation : Bruno 4/5, François 4/5, Jacques 5/5, Danièle 5/5, Michel 4/5, Éric 4/5.
4e jeu. La mousse au chocolat. Aérienne et nostalgique.
Settlers of Catan, The
Il était tout juste 10 h 20 lorsque la porte se referma derrière le couple et François avait encore une petite faim ludique. Encore une fois, on choisit une valeur sure en visitant Catan. Cependant, notre fantaisie nous amena à inclure la variante Civilisations qu'il y avait longtemps dont nous avions profité.
Cette variante ajoute du piquant et modifie passablement la progression du jeu. Premièrement, chaque joueur paie ses achats à un cout différent des autres joueurs. Par exemple, une route coutera « 2 briques » pour un joueur et « 2 pierres » pour un autre. Deuxièmement, le voleur n'est pas déplacé par un compte de « 7 » aux dés. Le joueur responsable a plutôt l'occasion d'effectuer une action spéciale. Le reste des règles restent les mêmes.
Chacun put profiter de son habileté particulière à deux ou trois reprises, sauf François qui n'eut pas cette chance. J'étais le « Défricheur » et pouvais intervertir deux jetons numérotés de deux terrains de mon choix. Bruno était le « Fataliste » et pouvait choisir le numéro rapportant des ressources durant le tour. Éric était le « Puisatier » et produisait une ressource de son choix pour chaque construction autour du désert. Finalement, François était l'« Agrarien » et pouvait échanger des cartes de blés à deux contre un avec la banque.
Je fus certainement le plus chanceux et mes ressources produisaient à profusion. Dès le milieu de la partie, je produisais plus de 7 cartes par tour de façon quasi systématique. La corne d'abondance, je vous dis! Je fis rapidement de Bruno un ennemi mortel lorsque je lui bloquai le passage et le cantonnai dans son petit coin. Je n'ai pourtant pas fait exprès, c'est juré! Il se débrouilla tout de même très bien. Je ne vois pas ce qu'il avait à toujours râler!
Pointage final : Michel 10, Bruno 8, Éric 7, François 7
Appréciation (de cette variante) : Michel 4/5, Éric 4/5, François 4/5.
Merci à tous,
Michel

